Les Questions d’Evo

Pablo Solón

[English, español] Samedi 24 novembre, la nuit. Une série de questions défilent par la tête de l’ex-Président Evo Morales, alors que, confus, il lit la Loi que l’Assemblée Nationale de la Bolivie vient d’approuver à l’unanimité. Toute ressemblance avec la réalité est pure coïncidence…

Mais pourquoi ils n’ont pas considéré ma lettre de démission à l’Assemblée ? Nous n’avions pas les deux-tiers des votes au Parlement ? Comment peuvent-ils approuver, main dans la main avec les putschistes, une loi pour annuler les élections du 20 octobre et convoquer à des nouvelles élections ? Pourquoi ils ne choisirent pas la route de ne pas accepter ma démission et mettre en clair que la Bolivie avait deux Présidents : le premier putschiste, fasciste et raciste. Le deuxième légitime et indigène et prêt à rentrer en Bolivie ? Sont-ils alors en train d’admettre que j’ai abandonné mes fonctions et que par ce faire cette femme, Añez, a pu s’autoproclamer Présidente ?

Si Salvatierra, elle n’aurait pas démissionné au Sénat, cela aurait pu se passer de façon différente. Elle aurait été la Présidente intérimaire de la Bolivie… mais je n’aurais pas pu parler de Coup d’État. Voyons… si une militante du Mouvement au Socialisme me remplace, je n’aurais pas pu dénoncer le Putsch. Qui plus est Salvatierra n’a pas quitté le Sénat… mais la Présidence du Séant. Quel gros bordel ! Que dire…. Quelque chose a mal tourné dans cette histoire. Car… comment avoir laissé Añez s’autoproclamer Présidente…alors que nous avions la majorité dans les deux chambres de l’Assemblée. Pourquoi nous n’étions pas à cette session du Parlement. Si seulement nous avions été, une autre personne serait Président… Mais je n’aurais pas pu parler de Coup d’État si l’un des militants du Mouvement au Socialisme me remplace.

Evo lit une fois de plus la Loi pour convoquer à des nouvelles élections approuvées par tous…

Et comment osent-ils convoquer à des nouvelles élections sans respecter mon droit humain à la ré élection de façon indéfinie ? Comment se fait-il que mes propres parlementaires ratifient l’Article 168 de la Constitution qui limite la ré élection continue une seule fois ? Je ne comprends pas. Comment est-ce que mes propres députés et sénateurs ont fini par valider les résultats mensongers du Référendum du 21 février à mon encontre ? Je ne voulais pas de cette ré élection. Je voulais rentrer chez moi. Ils me tournent le dos… une seule ré élection ! Unanimes ! Aucun de mes parlementaires a voté en contre ou s’est même abstenu ! Mon droit humain bafoué ! Quelle traîtrise ! Ils me doivent leurs sièges !

Je ne comprends pas. Ils n’arrivent pas à se rendre compte qu’il s’agit d’un coup monté par la CIA et la droite ? Pourquoi, si nous avions la majorité, ils n’ont pas été fichus de condamner l’Impérialisme et son Coup d’État raciste comme un seul homme ? Avaient-ils peur ? Ont-ils été achetés? Tous?

Quelqu’un le sort de ses pensées pour lui informer maintenant que la Chaîne de l’État transmet les négotiations entres les mouvements sociaux proches du MAS et la Présidente Añez…

Et les mouvements sociaux ? Comment osent-ils négocier avec les putschistes des garanties pour les dirigeants syndicaux ? M’ont-ils déjà oublié ? Pourquoi ils ne conditionnent pas ces accords à mon immunité ? Pourquoi tombent-ils dans le piège de ne pas accepter l’immunité ? Mais ces agissements n’étaient-ils pas en légitime défense de mon gouvernement ?

Et la paix sociale ? Sera-t-elle possible sans moi ? « Si Evo part, le soleil se couchera pour toujours… et tout sera que tristesse », disait mon fidèle Vice-Président Linera. Mais qu’est ce qu’ils font ?! Les dirigeants saluent et sourient ces putschistes ? Personne pour défendre mon fidèle Quintana ? (Ministre de la Présidence). Personne ? Et ces dirigeants qui demandent l’aide de l’armée pour garder les réservoirs d’essence de Senkata ? A vrai dire ils ne sont pas des machos…comme moi !

Que dirons-nous à la presse internationale ? Une Loi approuvée à l’unanimité et avec rien de moins que des putschistes ! Mais c’était bien un vrai coup ! Les militaires ils ont bien interrompu mon mandat et il y a eu des dizaines des morts. Le reste c’est que des détails pour contre-révolutionnaires comme dit Linera. Et cette Gauche Internationale ? Eux ils entendent bien que c’est un Putsch et que la Résistance continue…

Et maintenant ? Qui sera le candidat pour le MAS

Evo gratte quelques noms sur une feuille de papier…

Et si le MAS gagne les élections ? Peut-être bien. La droite s’atomise et le MAS l’emporte. Mais s’il y a une deuxième tour, la droite passera.

Mais si… ? Tout est possible… Qui aurait cru un mois auparavant que je finirais ici à Mexico ?

Et si le nouveau Président du MAS est meilleur que moi ? Pas possible. La crise économique attend au coin de la rue. Tout le monde demandera que je rentre… Que faire ?

Et pendant ce temps là… que fera Linera en tant que Vice Président dans l’exil.

Et que fais-je?

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